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La vacuité spirituelle, terreau de la hantise de la mort

 

Toute société traditionnelle reconnaît que la mort est le but ultime de la vie. Que cette mort soit suivie d’une vie dans un autre monde, ou d’une autre vie dans ce monde. Toutes reconnaissent que cette mort est une étape nécessaire à l’atteinte d’un futur développement parfait de l’être. Soit par la guérison de l’âme, malade de ses attaches terrestres, permettant l’accès futur à un monde de paix et de félicité, soit par améliorations successives jusqu’à atteindre, dans ce monde, l’expérience et la perfection permettant d’entrer directement dans un nirvâna, après la dernière mort. Cette mort, si elle n’est bien évidemment pas souhaitée, car représentant un arrachement à un monde connu pour une aventure inconnue, n’en demeure pas moins la porte providentielle ouvrant vers une vie de plénitude et le plein l’accomplissement de l’être dans sa destinée primordiale. Les initiations traditionnelles de tous genres ne s’y sont pas trompé qui firent - et font encore - passer chaque récipiendaire par l’expérience d’une mort initiatique. Cette expérience en est même le principal mystère ouvrant vers d’autres Mystères supérieurs.

 

Force est de constater que la peur de plus en plus importante de la mort, qui se transforme de nos jours en pure hantise presque panique, rompt avec l’ensemble de cette tradition. Essentiellement d’ailleurs dans les pays occidentaux où l’esprit traditionnel et les cultures religieuses sont mis à mal dans des sociétés consuméristes de plus en plus matérialistes. La félicité veut être atteinte dès ce monde et on l’appelle alors « bien-être » que l’on recherche, au mieux par des techniques de « pseudo-méditation » ne touchant en rien l’âme mais l’intellect et la psyché de l’homme, et dans la plupart des cas par le confort matériel et la suppression de l’effort que l’on pense trouver par la technologie.

 

La confusion chronique entre ce qui relève du spirituel, c’est à dire de la fine pointe de l’âme - appelée aussi « esprit » -, et ce qui appartient au psychique et aux états névrotiques ne fait qu’égarer l’homme dans sa course vers la félicité. L’instabilité de ce que nous appelons les sentiments, états d’âmes et passions appelle à un raccrochement à des valeurs et plaisirs, eux-mêmes éphémères, qui jalonnent le cours de la vie. C’est alors à cette vie que l’on s’accroche obstinément, avec la hantise de ne pas pouvoir jouir de tous ses bienfaits dont on pense qu’ils pourraient assouvir le besoin incommensurable d’existence du moi.

 

Rien n’est stable, rien n’est jamais acquis, ce qui rend la course interminable et la tension vers l’avoir toujours soutenue. À cela s’ajoute la crainte de ne pas y arriver, ou de perdre le peu que l’on a récolté, la mort venant toujours trop vite et trop tôt. Pour notre apaisement, la technologie promet maintenant que l’immortalité est à portée de main ; qu’elle peut parfaire l’homme en l’acheminant vers la perfection. L’adoption de ces technologies, en constante évolution, est érigée en culte de l’évitement de l’effort nécessaire au perfectionnement de soi et de la relation à autrui. Le réseau se substitue au contact et l’échange devient plus divertissement et affrontement qu’enrichissement. Le divertissement et l’information prédigérée sont partout proposés afin d’éviter les vraies questions et la remise en cause de l’assujettissement de l’esprit.

 

L’esprit qui seul appréhende sereinement la mort n’est plus en état d’exercer sa bienfaisante monarchie ; il a été détrôné par le psychique, le sensoriel, les sentiments, tous ces capteurs de l’éphémère qui angoissent autant qu’ils réjouissent. Alors, dans cette vacuité spirituelle naît l’angoisse de la mort. N’espérant et ne voyant plus rien au-delà de la vie en ce monde, germe alors cette hantise de la mort et cette croyance en une possible immortalité atteinte par des moyens totalement étrangers à la vraie nature de l’homme. Il est alors prêt à accepter les pires aliénations et corruptions de son être afin d’avoir une chance d’y accéder. Car l’homme a oublié l’immortalité de son être ; il « s'est cru mortel parce qu'il a trouvé quelque chose de mortel en lui »*.

 

L’homme, asservi dans cette hantise a oublié deux vérités salvatrices : «Toute chair vieillit comme un vêtement, car c'est une loi portée dès l'origine ; tu mourras certainement (Le Siracide 14, 17) » et que s’il « vit selon la chair, il mourra ; mais si, par l'Esprit, il fait mourir les œuvres du corps, il vivra ; car tous ceux qui sont conduits par l'Esprit de Dieu sont fils de Dieu (Ro 8, 13-14) ».

 

L’homme entré dans une voie initiatique authentiquement traditionnelle, et y travaillant avec sincérité et constance, se protège de cette vacuité spirituelle et de son corollaire de la hantise de la mort. Car, l’initiation - et la franc-maçonnerie traditionnelle du Grand Prieuré des Gaules participe de celle-ci - va rechercher la vraie vie dans le sein même de la mort. Celle-ci n’est pas la mort corporelle que nous connaîtrons, mais la mort initiatique qui est détachement des choses terrestres et matérielles pour laisser place à la vie de l’esprit. Cette vie de l’esprit - qui pour le francs-maçons chrétiens est aussi vie dans l’Esprit - est déjà, pour ceux qui y parviennent, les prémices de la félicité future espérée.

 

* Louis-Claude de Saint-Martin, L’Homme de désir